Introduction
Le temple Dazhao se dresse dans la vieille ville de Lhassa, tourné vers l’ouest. Son nom est écrit de façon variable dans les sources chinoises — le Weizang Tongzhi l’écrit « Dazhao » (大招), le [Qianlong] Xizang Zhi consigne son nom tibétain comme « Laomu », le Zhuguo Jiyou glose que « zhao, traduit, signifie Tathagata » — mais tous désignent le même temple.
Le Weizang Tongzhi conserve une légende fondatrice : la princesse Tang, divinant, jugea que le relief du Tibet était « l’image d’une démone couchée sur le dos », que le lac de Lhassa était son « sang du cœur » et « œil de la mer » qu’il fallait combler de pierre, surmonter d’un temple en forme de lotus et entourer de cent huit autres temples pour maîtriser les veines de la terre — ainsi Dazhao vint à être. Au-delà de la légende, les chroniques décrivent le temple de façon remarquablement constante : quatre étages, cinq salles d’or au sommet, les salles à balustrades « toutes dorées sur un fond de cuivre, spacieuses et magnifiques » ; la salle centrale abrite un bouddha Shakyamuni que l’on dit être entré au Tibet avec la princesse Tang, et la galerie de gauche renferme des images de la princesse Tang, du souverain Tubo et de la fille du roi de Balebu (le Népal).
La stèle de pierre à l’extérieur de la porte du temple devint l’objet que les historiens chinois revenaient identifier encore et encore. Le Weizang Tongzhi et le Xizang Zhi la décrivent comme « haute d’environ un zhang cinq chi », avec les titres de ministres, grands intendants et secrétaires gravés sur ses flancs, dont le nom de Niu Sengru. Le Shushui Jing, en la confrontant aux histoires dynastiques, l’identifia comme la stèle de l’alliance de Changqing, première année de l’ère Changqing sous l’empereur Muzong (821). Le Zhuguo Jiyou, citant d’anciennes chroniques, indique qu’il y avait à l’origine deux stèles Tang devant Dazhao — une pour l’empereur Dezong et une pour l’empereur Muzong — et qu’à l’époque Qing la stèle de Muzong « ne pouvait plus être vue ». À côté de la stèle se dressaient encore de vieux saules que l’on disait plantés à l’époque Tang, « aux troncs vénérables se lovant et se tordant comme des dragons » — stèle et saules ensemble gardent l’année de l’alliance Tang-Tubo à la porte du temple.
Documents historiques
《卫藏通志》 (Weizang Tongzhi)
布达拉之西南,竦起一峰,其南山生下,为藏之峰。山北去布达拉里许,中建一塔,下通西行大路。其山上层楼四起,为有行喇嘛坐静处。其寺内喇嘛多业岐黄。大招寺,
Au sud-ouest du Potala, un pic unique se dresse ; la montagne née au sud de celui-ci est le pic du Tsang. À environ un li au nord de la montagne, à l’écart du Potala, une pagode fut bâtie au milieu, sous laquelle passe la grande route vers l’ouest. Au sommet de la montagne s’élève de toutes parts une tour à plusieurs étages, lieu où les lamas en exercice s’assoient pour méditer. La plupart des lamas de ce temple ont la médecine pour vocation. Quant au temple Dazhao :
西藏第一番王,传七世至曲结松赞、噶木布迎唐公主,又差头人伦布噶尔迎巴勒布王鄂特巴尔郭恰之女拜木萨为妾。唐公主带来释迦牟尼佛像,拜木萨带来墨居多尔济佛。白木萨欲修庙宇,藏王择地兴修。唐公主卜算藏地形势,乃妖女仰面之象,拉撒海子,乃妖女心血,是为海眼,须将海眼填塞,上修庙宇,如莲花形,将四围风脉更正,如八宝联络,乃得吉祥。藏王遂兴工,将海子四面用石堆砌,海眼中忽起五色霞光,现出石塔三层,用石抛击,然后用木接盖空隙处,镕铜淋满,海眼始平。藏王又虔祝神佛,欲将邪气镇压,在昌诸、销啰伦塔堆阳四地方,接连地脉之处,建寺一百八座。时有龙王现洋般式样,用石堆砌,大昭始成。相传至今一千八百四十余年。其地有拉撒内,坐东向西,楼高四层,上有金殿五座,阑干殿宇,皆系铜底溜金,宏敞壮丽。中殿供奉释迦牟尼佛,乃唐公主自中国铸请来者。左廊有唐公主藏王松赞噶木布、巴勒布王女拜木萨之像。其内神佛万计。中殿供奉
Le premier roi tibétain ; après sept générations vint Qujie Songzan (Songtsen), et Gampo accueillit la princesse Tang. Il dépêcha aussi le chef Lunbu Ga’er pour accueillir, comme concubine, Baimusa, fille d’Etebar Guoqia, roi de Balebu (le Népal). La princesse Tang apporta une image du bouddha Shakyamuni ; Baimusa apporta le bouddha Mojuduo’erji (Akshobhya). Baimusa désirait bâtir un temple, et le roi tibétain choisit un site et commença la construction. La princesse Tang, divinant le relief du Tibet, jugea que c’était l’image d’une démone couchée sur le dos : le lac de Lhassa était le sang du cœur de la démone, un œil de la mer, qu’il fallait combler et surmonter d’un temple en forme de lotus, avec les veines du vent tout autour redressées et reliées comme les huit joyaux, afin que la bonne fortune pût être obtenue. Le roi entreprit alors les travaux, entassant des pierres sur les quatre côtés du lac ; de l’œil de la mer surgit soudain une lumière rose aux cinq couleurs, et une pagode de pierre à trois étages apparut. On lança des pierres contre elle, puis on couvrit les interstices de bois et on y versa du cuivre fondu pour les combler, et alors seulement l’œil de la mer fut nivelé. Le roi implora encore avec ferveur les dieux et les bouddhas, souhaitant réprimer l’énergie mauvaise, et aux quatre lieux de Changzhu, Xiaoluo, Luntadui et Yang, là où les veines de la terre se rejoignaient, il bâtit cent huit temples. À ce moment un roi-dragon apparut sous une forme semblable à l’océan ; on entassa de la pierre, et Dazhao enfin fut achevé. On dit que quelque mille huit cent quarante ans se sont écoulés depuis lors. Le site se trouve dans Lhassa, tourné vers l’ouest ; la tour est haute de quatre étages, avec cinq salles d’or à son sommet, les salles à balustrades toutes dorées sur un fond de cuivre, spacieuses et magnifiques. La salle centrale abrite le bouddha Shakyamuni, que la princesse Tang avait fait fondre et apporté de Chine. La galerie de gauche renferme des images de la princesse Tang, du roi tibétain Songtsen Gampo et de Baimusa, princesse de Balebu. À l’intérieur se trouvent des dieux et des bouddhas par myriades. La salle centrale abrite
万岁御座,香花然盏,四季长辉。楼顶东南隅有拜拉穆殿,神灵显赫,番敬畏之。内藏上古军器鸟𬬰,长八九尺至一丈者,与今之九子炮同,弓靫箭袋,亦甚长大。大殿内有明万历时太监杨英所立碑一座。前壁上绘唐元奘法师求经师弟四人像。门外有唐番和盟碑,高约一丈五尺,宽约四尺,厚约三尺,两旁刊有大臣、太宰、尚书等字迹,并牛僧儒姓名。碑侧古柳二株,老干蟠屈若龙虬,相传植自唐时云。
le trône impérial du souverain régnant, avec de l’encens, des fleurs et des lampes allumées qui brillent au long des quatre saisons. À l’angle sud-est du toit de la tour se trouve la salle Bailamu, dont la divinité est illustre et que les Tibétains tiennent en révérence. Elle renferme des armes anciennes et des armes à feu, longues de huit ou neuf chi jusqu’à un plein zhang, semblables au canon à neuf coups d’aujourd’hui, et les étuis d’arc et les carquois aussi sont très longs et grands. Dans la grande salle se dresse une stèle érigée par l’eunuque Yang Ying à l’ère Wanli des Ming. Sur le mur de devant sont peintes les quatre figures du maître du Dharma des Tang Xuanzang et de ses disciples en quête des écritures. À l’extérieur de la porte se trouve la stèle de l’alliance Tang-Tubo, haute d’environ un zhang cinq chi, large d’environ quatre chi et épaisse de trois chi, avec les mots pour ministres, grands intendants et secrétaires gravés sur ses deux flancs, ainsi que le nom de Niu Sengru. À côté de la stèle se dressent deux vieux saules, aux troncs vénérables se lovant et se tordant comme des dragons, que l’on dit plantés à l’époque Tang.
《[乾隆]西藏志》 ([Qianlong] Xizang Zhi)
大在拉撒内,名曰老木,即建自唐时,坐东向西。楼高四层,上有金殿五座,阑干殿宇皆系铜底溜金,宏敞壮丽,焕然夺宝珍奇玩,毕聚于内。中殿供大佛,名觉释伽摩尼,云中土侍随唐公主至藏,年甫一十二岁,成圣西域,或云中国铸请来者。左廊有唐公主暨土蕃赞善并白布国王女塑像祀之。其内神佛万计,皆用大铜错贮酥油,点灯乌供,惟唐公主前不点酥油灯。楼顶东南隅金殿内有敬畏之汉人,有称骡子天王者。内藏尚古军器,其剑长五六尺,鸟枪有八九尺一丈长者,形与今之五子炮同。弓散箭袋亦甚大,其箭有四五尺长者,殊鸟异观。大殿内有明万历时太监杨英所立碑一通。殿门外前廊壁上绘有唐三藏师徒四众像。昔唐公主晚年好佛,皈依释教,故西向其门。门外有唐蕃和盟碑,高约一丈五尺,宽约四尺,厚约二尺,两旁刊有大臣、太宰、尚书等字迹,并牛僧儒姓名。但年远模糊,不能悉读,仅录其略,载于后编。碑旁有唐植古柳二株,老干盘屈,若龙蚪然。
Le grand se trouve dans Lhassa, nommé Laomu ; il fut bâti à l’époque Tang et est tourné vers l’ouest. La tour est haute de quatre étages, avec cinq salles d’or à son sommet, les salles à balustrades toutes dorées sur un fond de cuivre, spacieuses et magnifiques, éblouissantes de trésors et de curiosités rares, tous réunis à l’intérieur. La salle centrale abrite un grand bouddha nommé Jueshijiamoni (Jowo Shakyamuni), que l’on dit venu au Tibet dans la suite de la princesse Tang, à seulement douze ans, et avoir atteint la sainteté dans les Régions occidentales — ou, selon certains, avoir été fondu et apporté de Chine. Dans la galerie de gauche sont vénérées des images moulées de la princesse Tang, du souverain Tubo et de la fille du roi de Baibu (le Népal). À l’intérieur se trouvent des dieux et des bouddhas par myriades, tous dans de grands vases de bronze incrustés et remplis de beurre clarifié pour allumer des lampes en offrande ; seulement, devant la princesse Tang, aucune lampe à beurre n’est allumée. Dans la salle d’or à l’angle sud-est du toit de la tour se trouve une figure chinoise tenue en révérence, appelée par certains le Roi céleste du Mulet. Elle renferme des armes anciennes : des épées longues de cinq ou six chi, et des armes à feu longues de huit ou neuf chi jusqu’à un plein zhang, en forme semblable au canon à cinq coups d’aujourd’hui. Les étuis d’arc et les carquois aussi sont très grands, et il y a des flèches longues de quatre ou cinq chi — un spectacle étrange et inhabituel. Dans la grande salle se dresse une stèle érigée par l’eunuque Yang Ying à l’ère Wanli des Ming. Sur le mur de la galerie de devant, à l’extérieur de la porte de la salle, sont peintes les quatre figures du maître du Tripitaka des Tang et de ses disciples. Dans ses dernières années, la princesse Tang aima le Bouddha et prit refuge dans l’enseignement bouddhique, et c’est pourquoi la porte est tournée vers l’ouest. À l’extérieur de la porte se trouve la stèle de l’alliance Tang-Tubo, haute d’environ un zhang cinq chi, large d’environ quatre chi et épaisse de deux chi, avec les mots pour ministres, grands intendants et secrétaires gravés sur ses deux flancs, ainsi que le nom de Niu Sengru. Mais étant ancienne, elle est estompée et ne peut être lue entièrement ; seul un résumé en est consigné, reporté dans une section ultérieure. À côté de la stèle se dressent deux vieux saules plantés à l’époque Tang, aux troncs vénérables se lovant comme des dragons.
《嘉庆卫藏通志》 (Jiaqing Weizang Tongzhi)
大唐文武孝德皇帝、大蕃圣神赞普舅甥二主,商议社稷如一,结立大和盟约,永无沦替,神人俱已证之。世世代代使其称赞,是以勒石留传之于后也。文武孝德皇帝与圣神赞普二圣濬哲鸿被,晓久永之化,垂矜愍之情,恩覆并无内外,商议协同,务令万姓安泰,施恩如一,成久远大治之绩。兹者同心以申邻好之义,共成厥美。今汉蕃二国所守见管封疆,洮岷之东属大唐国界,其塞之西尽是大蕃地土,彼此不为杀敌,不举兵革,不相侵牟封疆。或有积阻,捉生问事,给以衣粮放归,令社稷山川无扰,各敬人神。然舅甥相好之义苦难,每须通传,彼此相倚,二国常相往来。两路所遣唐差蕃使,并于将军谷交马。其洮岷之东,大唐供应;清水县以西,大蕃供应。须令舅甥亲近之礼,使其两界烟尘不扬,同闻颂德之名,永无惊恐之虑,行人撤备,乡土俱安,并无相扰之犯。垂恩万代,则称美之声遍于日月所照矣。蕃于蕃国受安,汉亦汉国受乐。各依此盟誓,永不移易,当三宝及诸贤、日月星辰之下,刑牲设誓。如有不依此言,背约破盟者,受其殃祸也。蕃汉君臣并稽首告立,周细为文,二君之德,万载称扬,内外蒙庥,人民咸颂矣。
L’empereur de la Grande Tang, Wen-Wu-Xiao-De, et le Tsenpo saint et divin de la Grande Tubo — les deux souverains, l’oncle et le neveu — délibérèrent que leurs royaumes ne fussent qu’un, et conclurent un grand traité de paix, à jamais inébranlable, dont les dieux et les hommes ont tous porté témoignage. Afin que génération après génération on le célébrât, ils le firent graver dans la pierre pour le transmettre à la postérité. L’empereur Wen-Wu-Xiao-De et le Tsenpo saint et divin, deux sages d’une profonde sagesse et d’une vaste influence, comprenant la transformation de ce qui est long et durable et portant un cœur de compassion, étendirent leur grâce sans distinction du dedans ni du dehors ; délibérant de concert, ils s’efforcèrent de rendre les myriades du peuple sûres et paisibles, dispensant leurs bienfaits également, et accomplirent le mérite d’un ordre long et grand. Or, d’un même cœur, ils exposèrent le principe de l’amitié entre voisins et en accomplirent ensemble l’excellence. Aujourd’hui les frontières tenues et administrées par les deux États de Han et de Tubo sont celles-ci : à l’est de Tao et de Min appartient au domaine de la Grande Tang, et à l’ouest de cette frontière s’étend toute la terre de la Grande Tubo. Ni l’un ni l’autre ne fera de l’autre un ennemi, ni ne lèvera les armes, ni n’empiétera sur les frontières de l’autre. S’il survient quelque obstruction, et que des captifs soient pris et interrogés, on leur donnera vêtements et provisions et on les renverra chez eux, afin que les royaumes, les monts et les fleuves soient sans trouble, chacun révérant les hommes et les dieux. Pourtant, le principe d’amitié entre l’oncle et le neveu est difficile à maintenir, et les messages doivent toujours être transmis ; s’appuyant l’un sur l’autre, les deux États échangeront régulièrement des visites. Les envoyés Tang et les émissaires Tubo dépêchés par les deux routes échangeront leurs chevaux à la vallée du Général (Jiangjun). À l’est de Tao et de Min, la Grande Tang assurera l’approvisionnement ; à l’ouest du xian de Qingshui, la Grande Tubo assurera l’approvisionnement. Que soient observés les rites de proximité entre l’oncle et le neveu, afin qu’aucune poussière de guerre ne s’élève sur l’une ou l’autre frontière, que tous deux entendent le nom de la vertu louée, à jamais sans motif d’alarme, les voyageurs baissant leur garde, la patrie et la campagne également en paix, sans nul délit de trouble mutuel. Que cette grâce dure dix mille générations, et le bruit de l’acclamation se répandra partout où le soleil et la lune brillent. Tubo trouvera la paix dans la terre de Tubo, et Han aussi trouvera la joie dans la terre de Han. Chacun s’en tiendra à ce serment, jamais à altérer, et devant les Trois Joyaux, les sages assemblés, et le soleil, la lune et les étoiles, ils immolèrent des victimes et jurèrent. Si quiconque ne s’en tient pas à ces paroles, rompant le pacte et violant le serment, sur lui tombera la calamité. Les seigneurs et les ministres de Tubo et de Han ensemble courbèrent la tête et en proclamèrent l’établissement, composant le texte dans tout son détail ; la vertu des deux souverains sera exaltée pendant dix mille ans, le dedans et le dehors jouiront de sa protection, et le peuple tout entier en chantera les louanges.
大唐文武孝德皇帝、大蕃圣神赞普甥舅二主,商议社稷如一,结立大和盟约,永无沦替,神人俱以证知。世世代代使其称赞,是以盟大节留传知于后也。文武孝德皇帝与圣神赞普德之黎赞陛下,二圣睿哲鸿被,晓之今永化亨,矜愍之情,恩覆其无内外,商议叶同,务令万姓安泰,所思如十,成久远大治之绩。兹观同心以伸怜好之义,共成厥美。今蕃汉二国所守见官封疆,洮岷之东,太唐国界,其塞之西尽是大番地土,彼此不为杀敌,不举兵革,不相侵谋。封疆或有积阻,捉生问事,设给以衣粮放归,令社稷山川无扰,各敬人神。然舅甥相好之义苦难,每须通传,彼此相倚,二国常相往来。两路所差唐差蕃使,并于将军谷交马。其洮岷之东,大唐供应;清水县之西,大番供应。须令甥舅亲近之体,使两界烟尘不闻,同扬盛德之名,频无惊恐之虑,行人撤备,乡土俱安,礼无相扰之犯。垂恩万代,则称羡之声遍于日月所照矣。蕃于蕃国受安,汉亦于汉国受乐,兹合其大业耳。各依此盟誓,永不移易,当三宝及诸贤、日月星辰之下,且陈形俱为盟,设此大誓约。如有不依此誓,蕃汉背约破盟者,来其祸殃也。倘倾覆以及动阴谋者,不在破盟之限。蕃汉君臣并稽首告立,周细为文,二君之德,万载称扬,内外蒙庥,人民咸颂矣。
L’empereur de la Grande Tang, Wen-Wu-Xiao-De, et le Tsenpo saint et divin de la Grande Tubo — les deux souverains, le neveu et l’oncle — délibérèrent que leurs royaumes ne fussent qu’un, et conclurent un grand traité de paix, à jamais inébranlable, dont les dieux et les hommes ont tous porté témoignage. Afin que génération après génération on le célébrât, ce grand acte de pacte fut transmis pour être connu de la postérité. L’empereur Wen-Wu-Xiao-De et Sa Majesté le Tsenpo saint et divin Trisong (Dé-zhi-lizan), deux sages d’une sagesse pénétrante et d’une vaste influence, comprenant l’épanouissement d’un présent durable et portant un cœur de compassion, étendirent leur grâce sans distinction du dedans ni du dehors ; délibérant en accord, ils s’efforcèrent de rendre les myriades du peuple sûres et paisibles, leurs pensées ne faisant qu’une, et accomplirent le mérite d’un ordre long et grand. Or, contemplant cette unité de cœur, ils exposèrent le principe de l’amitié et en accomplirent ensemble l’excellence. Aujourd’hui les frontières tenues et gouvernées par les deux États de Tubo et de Han sont celles-ci : à l’est de Tao et de Min est le domaine de la Grande Tang, et à l’ouest de cette frontière s’étend toute la terre de la Grande Tubo. Ni l’un ni l’autre ne fera de l’autre un ennemi, ni ne lèvera les armes, ni ne complotera contre l’autre. S’il survient quelque obstruction aux frontières, et que des captifs soient pris et interrogés, on leur donnera vêtements et provisions et on les renverra chez eux, afin que les royaumes, les monts et les fleuves soient sans trouble, chacun révérant les hommes et les dieux. Pourtant, le principe d’amitié entre le neveu et l’oncle est difficile à maintenir, et les messages doivent toujours être transmis ; s’appuyant l’un sur l’autre, les deux États échangeront régulièrement des visites. Les envoyés Tang et les émissaires Tubo dépêchés par les deux routes échangeront leurs chevaux à la vallée du Général (Jiangjun). À l’est de Tao et de Min, la Grande Tang assurera l’approvisionnement ; à l’ouest du xian de Qingshui, la Grande Tubo assurera l’approvisionnement. Que soit observée la manière de proximité entre le neveu et l’oncle, afin qu’aucune poussière de guerre ne soit entendue sur l’une ou l’autre frontière, que tous deux proclament le nom de la vertu abondante, encore et encore sans motif d’alarme, les voyageurs baissant leur garde, la patrie et la campagne également en paix, sans nul délit de trouble mutuel par les rites. Que cette grâce dure dix mille générations, et le bruit de l’admiration se répandra partout où le soleil et la lune brillent. Tubo trouvera la paix dans la terre de Tubo, et Han aussi trouvera la joie dans la terre de Han — ainsi leur grande entreprise est rendue entière. Chacun s’en tiendra à ce serment, jamais à altérer, et devant les Trois Joyaux, les sages assemblés, et le soleil, la lune et les étoiles, ils disposèrent les formes et firent le pacte, établissant ce grand serment. Si quiconque ne s’en tient pas à ce serment — Tubo ou Han rompant le pacte et violant l’engagement — sur lui tombera la calamité. Mais si l’un le renverse, ou met en branle une conspiration, cela n’est pas tenu dans les limites de la rupture du pacte. Les seigneurs et les ministres de Tubo et de Han ensemble courbèrent la tête et en proclamèrent l’établissement, composant le texte dans tout son détail ; la vertu des deux souverains sera exaltée pendant dix mille ans, le dedans et le dehors jouiront de sa protection, et le peuple tout entier en chantera les louanges.
《蜀水经》 (Shushui Jing)
西藏大诏门外有唐文武孝德皇帝和盟碑高一丈
À l’extérieur de la porte de Dazhao au Tibet se trouve la stèle de l’alliance de l’empereur Tang Wen-Wu-Xiao-De, haute d’un zhang
五尺宽四尺厚二尺旁刊唐大臣姓名有牛僧孺字
cinq chi, large de quatre chi, épaisse de deux chi, avec les noms des ministres Tang gravés sur ses flancs, y compris les caractères de Niu Sengru.
样按史唐与吐蕃盟者屡矣开元二年蕃相岔达延
En examinant les histoires : Tang et Tubo firent alliance à maintes reprises. La deuxième année de l’ère Kaiyuan, le premier ministre Tubo Chadayan (Tsenda-yen)
上书乞盟定境于河源丐左散骑常侍解玼莅盟帝
soumit un mémoire suppliant pour une alliance qui fixerait la frontière à la source du fleuve Jaune, et demanda que le Cavalier attaché de gauche Xie Ci présidât au serment ; l’empereur
令姚崇报书未定而坌达延寇临洮盟遂寝十五年
ordonna à Yao Chong de répondre, mais avant que ce fût réglé Tsenda-yen fit une incursion à Lintao, et l’alliance fut suspendue. La quinzième année,
吐蕃乞盟唐使报聘听以赤岭为界竖大碑刻约其
Tubo supplia pour une alliance ; les Tang envoyèrent des émissaires en retour et convinrent de prendre la Crête rouge (Chiling) comme frontière, érigeant une grande stèle et y gravant le pacte
上二十六年吐蕃大入河西创南节度王昱碎其碑
sur elle. La vingt-sixième année, Tubo fit une grande incursion au Hexi et établit un gouvernorat militaire au sud ; Wang Yu fracassa cette stèle.
至德四年吐蕃乞和帝令宰相萧华裴遵度与之盟
La quatrième année de l’ère Zhide, Tubo demanda la paix ; l’empereur ordonna aux ministres Xiao Hua et Pei Zundu de faire alliance avec eux.
大历十四年节度张金复与盟于清水建中元年使
La quatorzième année de l’ère Dali, le gouverneur militaire Zhang Jin fit de nouveau alliance à Qingshui. La première année de l’ère Jianzhong, l’envoyé
韦伦报聘伦请上自为载书杨炎以为非敌请与郭
Wei Lun alla rendre la visite ; Lun demanda que l’empereur en personne composât le document du pacte, mais Yang Yan estima que Tubo n’était pas un égal et demanda que Guo
子仪令上画可贞元三年检校司空浑瑊盟于平凉
Ziyi fût désigné à sa place, et l’empereur donna son assentiment. La troisième année de l’ère Zhenyuan, le ministre des Travaux par intérim Hun Zhen fit alliance à Pingliang,
而吐蕃伏兵坛西作乱不果长庆元年使者尚精力
mais Tubo avait caché des soldats à l’ouest de l’autel et déclencha une révolte, de sorte que rien n’aboutit. La première année de l’ère Changqing, l’envoyé Shang Jingli,
陀思来朝乞盟穆宗命大理卿刘元鼎充盟会使副
Tuosi (Lönpo Tashi), vint à la cour suppliant pour une alliance ; l’empereur Muzong nomma le chambellan de l’application des lois Liu Yuanding comme commissaire de la réunion de l’alliance, avec, comme adjoints,
以右司郎中刘师老右仆射韩皋御史中丞牛僧孺
le directeur de droite Liu Shilao, le vice-directeur de droite Han Gao, le vice-censeur en chef Niu Sengru,
吏部尚书李绛兵部尚书萧俯户部尚书杨于陵礼
le ministre du Personnel Li Jiang, le ministre de la Guerre Xiao Fu, le ministre des Revenus Yang Yuling,
部尚书韦绶卿太常赵宗儒司农裴武京兆尹柳公
le ministre des Rites Wei Shou, le chambellan des Cérémonies Zhao Zongru, le chambellan du Trésor national Pei Wu, le gouverneur métropolitain Liu Gong-
绰金吾将军郭纵与蕃使论讷罗咸书名于策同盟
chuo, et le général de la Garde d’Or Guo Zong — qui, avec l’envoyé Tubo Lun Neluo, écrivirent tous leurs noms sur le pacte, faisant alliance
京师之西郊然而蕃骑潜屯鲁州矣二年蕃使赵国
dans les faubourgs occidentaux de la capitale ; pourtant la cavalerie Tubo s’était secrètement retranchée à Luzhou. La deuxième année, l’envoyé Tubo Zhao Guo-
章致信币帝命元鼎就盟其国告盟一人自秀译授
zhang remit une lettre et des présents ; l’empereur ordonna à Yuanding de se rendre au Tubo pour conclure l’alliance dans ce pays, proclamant le pacte, un homme, Zixiu, servant de traducteur.
蜀水经真卷之十此
(Shushui Jing, juan 10.) Ici
于下重以浮屠为誓盖即此碑也文武孝德皇帝则
plus bas ils jurèrent en outre par le Bouddha — c’est bien là cette stèle même. « Empereur Wen-Wu-Xiao-De » était alors
穆宗长庆元年七月群臣所上尊号元黑所经历逾
le titre honorifique présenté par les ministres assemblés au septième mois de la première année de l’ère Changqing de Muzong. La route parcourue par Yuan-hei passa au-delà de
成纪武川抵河广武梁皆陇右故地过石堡城严壁
Chengji et de Wuchuan, atteignant le fleuve à Guangwu Liang, toutes anciennes terres du Longyou ; passant la cité de Shibao, ses remparts sévères
峭立磴道回屈号铁刀城右行数十里土石皆赤
se dressaient à pic, le sentier en gradins serpentant et tournant — on l’appelle la cité de la Lame de Fer. Allant à droite quelque dizaines de li, la terre et la pierre étaient toutes rouges ;
所谓赤岭距长安三于里渡闷恒卢州直迟娑川之南
c’est la Crête rouge dite, à quelque trois mille li de Chang’an. Traversant à Menheng et à Luzhou, droit au sud de la rivière Chisuo,
百里臧河所流河西南地如砥原野秀沃夹河多柽
sur cent li coule la rivière Tsang ; la terre au sud-ouest du fleuve est plate comme une meule, les plaines luxuriantes et fertiles, et le long des deux rives poussent de nombreux tamaris
柳赞普居臧河北即今藏河也
et saules. Le Tsenpo demeure au nord de la rivière Tsang — c’est-à-dire la rivière Tsang d’aujourd’hui.
西藏大诏西廊有唐三藏师徒四众像塑元装孙行
La galerie ouest de Dazhao au Tibet renferme des images du maître du Tripitaka des Tang et de ses quatre disciples : figures moulées de Xuanzang, de Sun le Voyageur (Sun Wukong),
者猪八戒沙和尚之属又谓藏东七十里地名德庆
de Zhu Bajie et de Sha le Moine (Sha Wujing) et de leur suite. On dit aussi qu’à soixante-dix li à l’est du Tibet se trouve un lieu nommé Deqing
里者即高老庄为猪八戒招亲处然续高僧传云元
Li, qui est le village de Gaolao où Zhu Bajie se maria. Mais le Xu Gaoseng Zhuan dit que Xuanzang
装誓往华胥诣陈表有司不为通引贞观三年时遭
fit le vœu de voyager vers l’ouest et soumit un mémoire, mais les fonctionnaires ne voulurent pas le transmettre ; la troisième année de l’ère Zhenguan, en un temps de
霜俭下敕道俗随丰四出幸因斯嗏径往西域法𫟍
gel et de famine, un édit permit au clergé et aux laïcs de se disperser aux quatre directions pour chercher l’abondance, et saisissant cette occasion il alla tout droit aux Régions occidentales. Le Fayuan
珠林假重其事乃言诏金吾将军元策扈三藏往西
Zhulin enjolive l’affaire, disant qu’un édit ordonna au général de la Garde d’Or Yuance d’escorter le Tripitaka jusqu’aux Régions
域本无四众之怪诞也元道士邱长春演西游记脍
occidentales — il n’y avait à l’origine aucune fable fantastique de quatre disciples. Le taoïste des Yuan Qiu Changchun développa le Voyage vers l’Ouest, qui devint
炙俗口汉人贾于藏中者传述缯塑不足辨矣
un récit savoureux sur les lèvres du commun, et les marchands Han commerçant au Tibet le transmirent ; les peintures sur soie et les images moulées ne valent pas la peine d’être débattues.
《圣武记》 (Shengwu Ji)
邵阳魏源国朝抚绥西藏记上西藏古吐蕃,元、明为乌斯藏,其人则谓之唐古特,亦曰土伯特。其地分三部:曰康,即四川打箭驴外巴塘、察木多之地,为前藏。日卫,即布达抗及大招寺,本吐蕃建牙之所,今达赖居之,为中藏。曰藏,即扎什伦布,本拉藏所治,今班禅居之,为后藏。又并极西之阿里,则称四部云。北界河源,南界大金沙江,江上游也。下游由缅甸入南海,视岷江、土游之小金沙江,广阔数倍,或云即黑水。而三藏即三危。其以怒江为距雪岭,东西六千余里,南北五千余里,距京师万有四千余里。由川、陜滇入藏,有三路,皆先至前藏,而后西至中藏,又西至后藏,又最西至阿里。云在五天竺之东,非古佛国也,而距天竺较近,故经教至多,持陀罗足尤验。多僧,无城郭。僧居土台者皆持戒律,不持戒者居土台外。自唐太宗以文成公主下嫁吐番赞普,好佛,立寺庙,西藏始通于中国。元世祖封西番高僧八思巴为帝师、大宝法王,以领其地,后嗣世袭其号,而西藏始为释教宗主。
Wei Yuan de Shaoyang, « Récit de la pacification du Tibet par la dynastie, première partie » : le Tibet était l’ancien Tubo ; sous les Yuan et les Ming il était le Wusizang (Ü-Tsang), et son peuple est appelé les Tanggute (Tangoutes), également les Tubote (Töpöt). Sa terre se divise en trois parties. La première, appelée Kang, est la région de Batang et de Chamdo au-delà de Dajianlu au Sichuan — c’est le Tibet antérieur. La deuxième, appelée Wei (Ü), est le Potala et le temple Dazhao, à l’origine le siège où les Tubo établirent leur cour ; aujourd’hui le Dalaï y demeure — c’est le Tibet central. La troisième, appelée Zang (Tsang), est Tashilhunpo, à l’origine gouvernée par Lhazang ; aujourd’hui le Panchen y demeure — c’est le Tibet postérieur. En y ajoutant le Ngari à l’extrême ouest, on les appelle les quatre parties. Sa limite nord est la source du fleuve Jaune, sa limite sud le Grand fleuve Jinsha, cours supérieur du fleuve. Son cours inférieur entre dans la mer du Sud par la Birmanie, et comparé au fleuve Min ou au Petit Jinsha du cours supérieur il est plusieurs fois plus large ; certains disent que c’est l’Eau noire. Et les trois Tsang sont les trois périls. Prenant le fleuve Nu comme sa borne à la Crête neigeuse, il s’étend sur plus de six mille li d’est en ouest et plus de cinq mille li du nord au sud, et est à plus de quatorze mille li de la capitale. Trois routes mènent au Tibet depuis le Sichuan, le Shaanxi et le Yunnan, atteignant toutes d’abord le Tibet antérieur, puis allant à l’ouest vers le Tibet central, plus à l’ouest vers le Tibet postérieur, et le plus à l’ouest vers le Ngari. On dit qu’il se situe à l’est des Cinq Indes — ce n’est pas une ancienne terre de Bouddha, mais étant plus proche de l’Inde, ses écritures et ses enseignements sont des plus abondants, et la récitation des dharani y est particulièrement efficace. Il y a de nombreux moines et pas de murailles. Les moines qui demeurent sur les plateformes de terre observent tous les préceptes ; ceux qui ne les observent pas demeurent hors des plateformes. Depuis que l’empereur Taizong des Tang maria la princesse Wencheng au Tsenpo Tubo, qui aimait le Bouddha et fonda des temples, le Tibet entra pour la première fois en contact avec la Chine. L’empereur Shizu des Yuan investit l’éminent moine occidental Phagpa comme précepteur impérial et Grand Roi du Dharma du Joyau pour gouverner la terre, et ses successeurs héritèrent du titre à tour de rôle ; ainsi le Tibet devint pour la première fois le siège souverain de l’enseignement bouddhique.
《竺国纪游》 (Zhuguo Jiyou)
大召寺名,土人呼召如诏,或如招声,又名老木郎。金碧崇闳,为西藏一大古刹。屋宇深邃幽暗,如入深衖,虽白昼亦须难烛。铺地用石,光泽可鉴,履之时虑滑㳠。其塑佛菩萨像,大抵金身,与内地相等,惟较矬陋耳。正殿左右庑,诸佛林立,左庑内番僧指某某为唐公主及吐蕃赞普并白布国王女之像,然与诸佛形状相似,再过之,不能辨识也。然酥油琉璃灯,昼夜不绝,火亦如内地佛刹。长明灯,佛前陈供,如噶布伦、哈达之类居多。藏佛以万计,四围以铁网罘罳护之,防人攘窃。此诸寺皆然,不独大召也。达赖喇嘛、班禅、额尔德尼往往至大召礼佛,铙角螺吹,声闻数里外。寺内喇嘛数百人。寺前有唐碑一通,高丈余,宽四尺余,字迹大半漫漶,去地四五尺许,为番人凿番字其上,无从辨识。
Le temple Dazhao par son nom — les autochtones prononcent zhao comme zhao (诏), ou comme le son zhao (招), et il est aussi appelé Laomulang. D’or et de vert, élevé et vaste, il est l’un des grands et anciens monastères du Tibet. Ses bâtiments sont profonds et obscurs, comme si l’on était entré dans une longue ruelle, de sorte que même en plein jour il est difficile de voir sans lampe. Le sol est pavé de pierre, si polie qu’elle peut servir de miroir, et l’on craint de glisser en y marchant. Ses images moulées de bouddhas et de bodhisattvas sont pour la plupart au corps doré, l’égal de celles de l’intérieur du pays, seulement plutôt trapues et frustes. Dans les galeries de gauche et de droite de la salle principale les bouddhas se dressent serrés comme une forêt ; dans la galerie de gauche, un moine tibétain me désigna certains d’entre eux comme les images de la princesse Tang, du Tsenpo Tubo et de la fille du roi de Baibu (le Népal), pourtant ils étaient de forme semblable aux autres bouddhas, et en repassant devant eux, je ne pouvais plus distinguer lequel était lequel. Néanmoins, les lampes de verre à l’huile de beurre brûlent sans cesse jour et nuit, le feu tout comme dans les temples bouddhiques de l’intérieur. Les lampes perpétuelles et les offrandes disposées devant les bouddhas sont pour la plupart de la sorte des kalön et des khata. Les bouddhas se comptent par dizaines de milliers, et sont protégés tout autour par des grillages de fer pour prévenir le vol. Il en est ainsi dans tous ces temples, non à Dazhao seul. Le Dalaï-Lama, le Panchen et l’Erdeni viennent souvent à Dazhao pour vénérer le Bouddha, avec cymbales, cors et conques résonnant, entendus à plusieurs li à la ronde. Dans le temple se trouvent plusieurs centaines de lamas. Devant le temple se dresse une stèle Tang, haute de plus d’un zhang et large de plus de quatre chi, son écriture pour la plus grande part estompée ; à partir d’environ quatre ou cinq chi au-dessus du sol, des Tibétains ont ciselé des caractères tibétains sur elle, la rendant indéchiffrable.
余拟加摹搨,而藏地风日燥烈,且无响搨具,仅将碑文录于左方,其不可辨识者空之。其碑覆以亭,护以木栏。碑侧柳二株,相传植自唐时云。按西藏为唐吐蕃地,德宗时,下嫁公主于吐蕃,观此碑,知灼然不谬。唐碑在大召之前,旁一老柳,云亦唐时物。春来惟此柳先发芽,旬日后藏外之柳方见青。屡试皆然。唐时下嫁吐蕃,一为金城宫主,一为文成公主,德宗时盖文成公主也。大唐文武孝德皇帝舅甥二主商议,社稷如一,大和盟约,永无渝替,神人俱已证知,世世代代,使其称赞,是以盟文即日题之于文武孝德皇帝,与二帝舅甥濬鸿被晓今永之矜愍之情,恩其无内外,商议叶同,务令万姓安泰,所必如一成久迁大主之奸之义。大和著议,二国所守。见帝之西,尽是大番境土,彼此不为敌,不举兵革,不相谋境。
Je me proposai d’en faire un estampage, mais le vent et le soleil du Tibet sont secs et féroces, et je n’avais pas d’outils d’estampage sous la main ; je ne pus que recopier le texte de la stèle sur la gauche, laissant en blanc ce qui ne pouvait être déchiffré. La stèle est abritée par un pavillon et gardée par une balustrade de bois. À côté de la stèle se dressent deux saules, que l’on dit plantés à l’époque Tang. Or le Tibet était la terre du Tubo de l’époque Tang ; au temps de l’empereur Dezong une princesse fut mariée au Tubo — et en regardant cette stèle, on sait que cela n’est manifestement pas une erreur. La stèle Tang se dresse devant Dazhao, et à côté un vieux saule, que l’on dit aussi dater des Tang. Quand le printemps vient, c’est ce saule seul qui bourgeonne le premier ; ce n’est que quelque dix jours plus tard que les saules hors du Tibet verdissent. Éprouvé maintes et maintes fois, il en est toujours ainsi. À l’époque Tang, deux princesses furent mariées au Tubo : l’une était la princesse Jincheng, l’autre la princesse Wencheng ; celle du temps de Dezong était, semble-t-il, la princesse Wencheng. [Texte de la stèle :] L’empereur de la Grande Tang, Wen-Wu-Xiao-De, et le souverain — les deux seigneurs, l’oncle et le neveu — délibérèrent que leurs royaumes ne fussent qu’un, un grand traité de paix, à jamais irrévocable, dont les dieux et les hommes ont tous porté témoignage ; afin que génération après génération on le célébrât, le texte du pacte fut ce même jour inscrit. [Le texte, ici, devient corrompu et en partie illisible.] La grande paix fut résolue, et les deux États s’y tinrent. À l’ouest du domaine impérial s’étend tout le territoire de la Grande Tubo ; ni l’un ni l’autre ne sera ennemi de l’autre, ni ne lèvera les armes, ni ne comploteras sur les frontières.
或有猜阻,捉生问事,说冷衣粮,放归今一石此大和生舅甥之义,无须通传。彼此路番汉于将军谷交马,其戎抚己东大唐祇应清水县,已西大番供应,须令舅甥亲近之礼,使其两界烟尘,不闻盗之名,须无怨之人。如斯业之于日月所照矣。番于番国受安,汉亦汉国受兹,万令大业,依此盟誓,永久不得。三宝及诸贤均不依此祸也。仍须阴谋者,番汉名臣告立,细为文。碑阴尚有汉蕃文武官列名,余搨得数本。全者为姚一如、石琢堂诸君索去,字形如李北海,亦当时名家所书也。旧志载大召前有唐碑二,一为德宗盟碑,一为穆宗盟碑。今穆宗碑不可复见矣。小召在大召之西,规模较小,云唐公主所建,亦有唐公主及赞普像。召外即上下经园,每园各种杨树五百株,其下每树坐一习经喇嘛,风雨不移。
[Texte de la stèle, suite, en partie corrompu :] S’il survient soupçon ou obstruction, et que des captifs soient pris et interrogés, on leur donnera vêtements et provisions et on les renverra chez eux… le principe d’amitié né entre l’oncle et le neveu, afin qu’aucun message n’ait besoin d’être transmis. Le long des deux routes, Tubo et Han échangeront leurs chevaux à la vallée du Général (Jiangjun) ; à l’est de celle-ci la Grande Tang assurera l’approvisionnement au xian de Qingshui, et à l’ouest la Grande Tubo assurera l’approvisionnement. Que soient observés les rites de proximité entre l’oncle et le neveu, afin que sur les deux frontières nulle poussière de guerre, ni nul nom de banditisme, ne soit entendu, et que nul ne porte rancune. Un tel accomplissement durera partout où le soleil et la lune brillent. Tubo trouvera la paix dans la terre de Tubo, et Han aussi trouvera ceci dans la terre de Han ; cette grande entreprise, en s’en tenant au serment, durera à jamais. [Fin du texte recopié.] Il y avait encore les noms d’officiers civils et militaires Han et Tubo au dos de la stèle, et j’en obtins plusieurs estampages. Les complets furent emportés par Yao Yiru, Shi Zhuotang et d’autres ; les formes des caractères sont comme celles de Li Beihai (Li Yong), l’œuvre d’un maître de l’époque. L’ancienne chronique consigne qu’il y avait deux stèles Tang devant Dazhao — l’une la stèle de l’alliance de Dezong, l’autre la stèle de l’alliance de Muzong. Aujourd’hui la stèle de Muzong ne peut plus être vue. Xiaozhao (le Ramoché) se trouve à l’ouest de Dazhao, de moindre échelle, que l’on dit avoir été bâti par la princesse Tang, et il a lui aussi des images de la princesse Tang et du Tsenpo. À l’extérieur du temple se trouvent les jardins d’écritures supérieur et inférieur, chacun planté de cinq cents peupliers, sous chacun desquels s’assoit un lama étudiant les écritures, inébranlable par le vent ou la pluie.
中一台为讲经之地。每日二次出园,至小召饮酥茶,食糌粑入。园者皆选考经典熟习之人,戒律甚严,三年后考取堪布,即为正途出身。京中挑取者,亦在此中考选。堪布有大小,皆得戴大方顶金笠,余戴珊瑚蜜蜡者,皆非大召寺之召音如诏。诏译言如来也。寺相传建自唐时,西向周围崇楼峻阁,殿瓦饰以黄金,中塑佛曰觉释加摩尼,自唐时侍公主至藏,年甫十二,成佛殿中,供奉万岁御碑,为岁时朝拜之所。东南隅有百喇末殿,殿以神名。又闻前廊之壁,绘唐元奘等求经像及尉迟敬德军器一具,未之见也。百喇末即白纳么,系女相,为彼地财帛之神。相传其夫即罗公甲布,一年一度,畀其行像,绕藏一匝,垂仲念经,射箭驱崇阖藏妇女,前一日桂哈达者以数万计,收入商上,添备用度,亦生财之道也。
Au milieu se trouve une plateforme pour l’exposé des écritures. Deux fois par jour ils sortent du jardin, allant à Xiaozhao boire du thé au beurre et manger de la tsampa. Ceux des jardins sont tous des hommes sélectionnés et examinés pour leur maîtrise complète des écritures ; la discipline est très stricte, et après trois ans ils sont examinés pour le rang de khenpo, qui est la voie orthodoxe d’avancement. Ceux choisis depuis la capitale sont eux aussi examinés et sélectionnés ici. Les khenpos sont de degré majeur et mineur, tous habilités à porter le grand chapeau d’or à sommet carré, tandis que les autres, qui portent du corail et de l’ambre, ne le sont pas. Le nom du temple Dazhao — son zhao se prononce comme zhao (诏) ; zhao, traduit, signifie Tathagata. Le temple est dit avoir été bâti à l’époque Tang, tourné vers l’ouest, entouré de tours élevées et de pavillons escarpés, les tuiles de ses salles ornées d’or. En son centre se trouve un bouddha moulé appelé Jueshijiamoni (Jowo Shakyamuni), qui vint au Tibet dans la suite de la princesse à l’époque Tang, à seulement douze ans, et devint bouddha dans la salle, où la stèle impériale du souverain régnant est vénérée, un lieu de culte saisonnier. À l’angle sud-est se trouve la salle Bailamu, nommée d’après sa divinité. J’ai aussi entendu dire que sur le mur de la galerie de devant sont peintes des images du Xuanzang des Tang et d’autres en quête des écritures, ainsi qu’un jeu d’armes de Yuchi Jingde, mais je ne les ai pas vues. Bailamu est Bainamo (Palden Lhamo), de forme féminine, la divinité de la richesse et des biens dans cette contrée. On dit que son époux est Luogong Jiabu ; une fois l’an, son image processionnelle est portée une fois autour du Tibet, avec des moines récitant les écritures et tirant des flèches pour chasser le mal, enfermant les femmes du district à l’intérieur. La veille, ceux qui offrent des khata se comptent par dizaines de milliers, ce qui est perçu par les autorités du Shang pour compléter leurs dépenses — également un moyen de générer de la richesse.
Photographies anciennes
1904
Durant l’expédition britannique au Tibet en 1904, John Claude White photographia une scène de rue de Lhassa, légendée à l’origine « Looking towards the Jo Khang ». Une image recadrée est utilisée ici, conservant la façade dans la direction du temple Dazhao, la foule devant la porte, et les rues et ruelles environnantes.

1905
The Unveiling of Lhasa, publié en 1905, contient une planche intitulée « Metal Bowls outside the Jokhang », photographiant les vases d’offrande en métal, le mur et le portail à l’extérieur du temple Dazhao. La photographie isolée de l’ouvrage original est utilisée ici, avec la légende et les marges de page supprimées.

1906
Lhasa and its Mysteries, publié en 1906, contient une planche regardant le temple Dazhao d’en haut depuis un toit voisin, intitulée en anglais « Cathedral of Lhasa (from roof of adjoining building) ». Une image recadrée est utilisée ici, conservant le toit, les fleurons dorés et les toitures environnantes du temple Dazhao.

Références
- John Claude White : « Looking towards the Jokhang Temple in 1904 », publié à l’origine dans Tibet and Lhasa, 1908.
- Edmund Candler : The Unveiling of Lhasa, Edward Arnold, 1905.
- Laurence Austine Waddell : Lhasa and its Mysteries: With a Record of the Expedition of 1903-1904, John Murray, 1906.